Notre Univers est né lors du Big Bang et n'a cessé de s'étendre depuis. Longtemps, on a cru que cette expansion était freinée par l'attraction de toute la matière, mais à la fin du XXe siècle, les astronomes, en observant des supernovae lointaines, ont découvert avec surprise l'inverse : l'Univers s'éloigne de plus en plus vite. Cette accélération est attribuée à la mystérieuse énergie noire. Avec la matière noire — cette masse invisible que nous connaissons grâce à Vera Rubin et ses études de la rotation des galaxies — elle représente 95% du contenu du cosmos. L'hypothèse la plus simple, qui remonte à Georges Lemaître, veut que l'énergie noire soit comme une propriété inépuisable du vide, immuable.
Cependant, les observations récentes, notamment les cartes détaillées du ciel réalisées par les télescopes Planck et DESI, ainsi que les relevés spectroscopiques de millions de galaxies (où la lumière est décomposée en couleurs pour mesurer les distances) et les effets de lentille gravitationnelle (la courbure des rayons lumineux par des objets massifs), dressent un tableau différent. Lorsque les scientifiques ont permis à l'énergie noire d'évoluer, elle a mieux expliqué les données que la version constante. Cette préférence se situe à un niveau de confiance de 2–3σ — ce qui est assez convaincant pour ce genre d'analyses. Parallèlement, il s'est avéré que les contraintes sur la masse des neutrinos et sur la présence d'ondes gravitationnelles primordiales (des ondulations de l'espace-temps qui auraient pu naître à la naissance de l'Univers) changent notablement selon que l'énergie noire est dynamique ou non. Pour l'instant, ces ondes n'ont pas été détectées, ce qui suggère que l'inflation s'est déroulée relativement calmement.
Il n'y a pas d'application pratique immédiate, mais l'enjeu est immense. Si l'énergie noire varie réellement, prédire l'avenir lointain de l'Univers devient plus complexe : l'accélération éternelle pourrait laisser place à un ralentissement, voire à une contraction. De plus, cela nous oblige à repenser les limites du modèle standard de la physique et à chercher des théories plus profondes. L'énigme de l'accélération cosmique reste ouverte, mais nous comprenons désormais mieux à quel point notre vision du monde doit être flexible.
Si le caractère dynamique de l'énergie noire se confirme, dans plusieurs milliards d'années, l'expansion de l'Univers pourrait céder la place à une contraction, et il s'achèverait par un « Grand Craquement » — le scénario inverse du Big Bang.