La thermodynamique macroscopique décrit avec succès le comportement des grands systèmes en n'utilisant que quelques variables d'état, parce que les degrés de liberté internes atteignent vite l'équilibre. La thermodynamique quantique stochastique, elle, travaille avec des systèmes élémentaires et exige la connaissance de la matrice densité complète, ce qui est irréalisable pour un grand nombre de corps. Ce travail comble le fossé entre ces approches : il permet de régler le niveau de grossièreté et d'obtenir les lois de la thermodynamique pour des systèmes quantiques quelconques.
Les auteurs formalisent le grossissement par le choix d'une sous-algèbre d'observables accessibles. Dans le cas commutatif (une seule mesure), le macro-état est fixé par les probabilités des résultats, et l'entropie coïncide avec l'entropie observationnelle. Pour les algèbres non commutatives, on utilise le principe d'entropie maximale de Jaynes, qui donne une entropie algébrique interpolant entre l'entropie de von Neumann et l'entropie observationnelle. Deux scénarios sont examinés : le système ouvert (seul le système est accessible) et le système autonome (système et environnement isolés, mais mesurés séparément). Le deuxième principe et les théorèmes de fluctuation pour des mesures à deux points sont dérivés, puis une limite quasi-statique est introduite pour définir la chaleur et le travail.
Une inégalité généralisée du deuxième principe est obtenue pour l'entropie grossière, avec des corrections liées aux corrélations initiales et à l'écart par rapport à l'équilibre interne. Dans la limite quasi-statique, la chaleur et le travail sont définis, le travail incluant la contribution du changement d'algèbre (par exemple, une rotation de la base de mesure). Il est montré que l'entropie de production est positive lorsque les conditions de divisibilité CP et de divisibilité locale d'échelle sont remplies. Les théorèmes de fluctuation relient les probabilités des trajectoires directes et inverses. Des exemples (qubit, émission spontanée, émetteur dans un guide d'ondes) illustrent la dépendance des grandeurs thermodynamiques au choix de l'algèbre.
Le travail propose un langage unifié pour décrire la thermodynamique de systèmes quantiques de toute taille, du qubit à l'objet macroscopique, sans devoir connaître leur état exact. Cela permet d'étudier l'irréversibilité qui naît aussi bien de l'interaction avec l'environnement que de la relaxation interne. L'approche ouvre la voie à l'analyse de la transition quantique-classique et des mesures du point de vue thermodynamique.
Une application est envisageable aux moteurs et aux batteries quantiques fondés sur des systèmes à plusieurs corps, où toutes les composantes peuvent être décrites grossièrement. L'extension aux algèbres de type II et III permettra d'envisager les champs quantiques et les trous noirs. Il est également intéressant d'étudier comment le comportement thermodynamique change lors du passage d'algèbres non commutatives à des algèbres commutatives au cours du grossissement.
La méthode peut influencer la thermodynamique quantique expérimentale en permettant d'analyser des systèmes à information incomplète. Elle fournit aussi un outil pour étudier la thermodynamique des mesures quantiques et de la rétroaction.
Appliquer le formalisme à des modèles à plusieurs corps résolus numériquement pour tester les prédictions. Étudier les conditions dans lesquelles les violations du deuxième principe dues au grossissement disparaissent.
Le travail relie le problème de la définition de l'entropie pour des systèmes quantiques à accès limité et le problème de l'irréversibilité dans les systèmes quantiques fermés, où l'entropie de von Neumann ne croît pas mais où l'on observe une thermalisation.
L'article montre que même pour un système isolé, l'entropie peut croître si l'observateur ne peut mesurer que des variables grossières. L'exemple du gaz dans une boîte démontre qu'un état microscopique préparé spécialement peut conduire à une violation apparente du deuxième principe, mais uniquement grâce à l'utilisation d'une information cachée.
L'idée que les lois de la thermodynamique dépendent de ce que l'observateur peut mesurer fait écho au concept de « démon de Maxwell ». L'article montre comment l'information sur le micro-état peut être exploitée pour extraire du travail, ce qui rappelle les récits mettant en scène des êtres intelligents qui transgressent la thermodynamique.